SPELEOLOGIE DE LA RÉGION KARSTIQUE

NORD - MONTPELLIERAINE

(causses et garrigues méridionaux - HERAULT et GARD)

DECOUVERTE ET EXPLORATION

par Daniel CAUMONT

 

 

 

 

 

 

 

Site en chantier (2009)

PRESENTATION
LE CADRE GENERAL
Les garrigues
Les causses
LES UNITES KARSTIQUES
Hautes garrigues
Basses garrigues
Causses
LES KARSTIFICATIONS
HYDROGEOLOGIE
Les drainages
Orientation bibliographique
 

photo : vue partielle des garrigues nord-montpellièraines (Massif de la Celette et Pic Saint-Loup)

 

  REGIONS NATURELLES : cliquez sur les massifs fléchés pour en savoir plus.

 

 

 

Avertissement : Ce site associé à http://www.st-guilhem-le-desert.com a pour but d'apporter la modeste contribution d'un spéléologue à la compréhension du karst Languedocien. De nombreuses années d'exploration, la connaissance exhaustive des massifs, son expérience et sa vision du terrain, lui permettent d'apporter ses connaissances et de les faire partager à tous. Ce site n'est qu'à son début. Il convient donc d'admettre qu'il  ne contienne pour l'instant qu'une présentation générale de la région. Les argumentations spéléologiques sont en cours de rédaction. Le contenu de ce site s'étoffera petit à petit d'arguments de recherche, de notices descriptives, ainsi que d'une photothèque. Tous ceux qui souhaitent apporter leur contribution, le peuvent bien entendu. Cette contribution se veut d'être un outil à la recherche de terrain avant toute autre chose. Lorsque une rubrique est complémentée (ou ajoutée) un petit bouton jaune le signale.   En savoir + sur l'auteur.

 

 

PRESENTATION

SITUATION, LIMITES

La région Montpelliéraine est située en Languedoc-Roussillon, région placée aux portes de la méditerranée dans un triangle compris entre Pyrénées, Alpes et Massif Central.

On peut dire qu'il s'agit la plus importante région Française au point de vue concentration de cavité (Indice karstique le plus élevé du globe). A savoir que les département de l'Hérault et du Gard recensent à eux seul plus de 7000 cavités pour une superficie Karstique de 4500 Km2.

On comprend ainsi aisément qu'elle soit choisie comme terrain d'aventure et d'exploration par de nombreux groupements issu des quatre coins de l'hexagone.

L'importance et la variétés des cavités dites "classiques" aussi bien horizontales que verticales lui afférent un rôle spéléo-touristique moteur au sein de la spéléologie Française.

Les nombreux réseaux souterrains qui y dépassent les 10 Km de développement n'ont en effet rien à envier aux grandes cavités alpines ou pyrénéennes.

Le caractère particulier du karst Languedocien, résultat d'une longue et complexe évolution dans le temps, complique ici la trame classique du karst dont les nombreuses étapes d'évolution (fossilisation-rajeunissement) confrontent le spéléologue à des difficultés d'exploration. Celle-ci font bien souvent appel à des chantiers de désobstruction longs et pénibles qui nécessitent dans bien des cas un suivi sur plusieurs années voire plusieurs générations d'équipes spéléologiques.

Il n'en demeure pas moins que l'exploration qui en découle, aussi ingrate soit t'elle, concours à la mise en évidence de vastes complexes souterrains (Clamouse, Garrel, Sergent, Leicasse, Barnabé, Rognés, Rogues, Calles etc..).

 

1) LE CADRE GÉNÉRAL

LE LANGUEDOC :

On y distingue trois groupes de paysages : la plaine, de construction récente, formée de sable et de cailloutis pliocènes ou quaternaires, et de terrasses anciennes à forte pente, le plateau (ou petits causses), constitué par des calcaires massifs crétacés et jurassiques et les hauts-plateaux dominants qui constituent la région des tabulaire des Grands-Causses au regard des garrigues.

Ces derniers s'étalent vers le sud-ouest. La superficie intéressant le domaine karstique est de l'ordre d'environ 6500 Km2.

Ces éléments s'interpénètrent, surtout au centre, de façon à concrétiser trois types de pays :

- à l'est, le Languedoc rhodanien voit la prépondérance des plateaux de garrigues entre le sillon de Bessèges-Alès et la plaine alluviale du Rhône.

- à l'ouest, le Biterrois et le Narbonnais, avec ses plaines ses basses terrasses, directement en contact avec les terrains anciens de la Montagne Noire et de l'Espinouse.

- au centre, la région Montpelliéraine (entre Vidourle et Hérault) avec ses plateaux calcaires coupées de sillons tectoniques où la plaine s'insinue, relayée par de nombreux bassins comblés de terrains éocènes (conglomérats, molasses, argiles, calcaires lacustres).

Cette morphologie introduit de substantiels contrastes, en juxtaposant : des surfaces calcaires pierreuses, des versants calcaires avec vignes de coteaux, des bassins mouvementés, la plaine avec ses terrasses et sa mer de vignes.

Le Languedoc-Méditerranéen se complète, entre la Séranne et le Tanargue de la lisière montagneuse des Cévennes. C'est une escarpe abrupte mais profondément déchiquetée par l'érosion "qui a entaillé les longues et minces lanières des "serres".

LA RÉGION MONTPELLIÉRAINE

ANATOMIE D'UN PAYSAGE

La région Montpelliéraine est située dans le département de l'Hérault, qui doit son nom au principal de ses fleuves côtiers. Ce département placé en bordure de la France sur la Méditerranée se découpe dans le Bas-Languedoc sous la forme d'un parallélogramme.

- du sud-ouest au nord-est, sa plus grande dimension est de l'ordre de 140 Km.

- du nord-ouest au sud-est sa partie la plus étroite mesure 44 Km et la plus large 70 Km.

Sa surface est de 6220 Km2, égale à la moyenne des départements français, plus grande que celle du Tarn et du Gard, plus faible que celle de l'Aveyron et de l'Aude.

Son relief s'incline généralement vers la mer en gradins successifs depuis les versants méridionaux du causse du Larzac, jusqu'à la plaine littorale.

Elle constitue en fait constitue la terminaison méridionale des Grands-Causses qui s'estompe graduellement en escaliers du massif de la Séranne vers la méditerranée. Sa superficie a elle seule est de 2200 Km2.

Elle englobe géographiquement au sein de ce département deux grands domaines représentés par un ensemble de régions naturelles (petits causses, montagnes etc...) situés de part et d'autres de l'anticlinorium de la Buéges zone charnière structurale de l'ensemble :

 

1) LE DOMAINE DES GARRIGUES : (hautes et basses garrigues, entre Séranne et Méditerranée)

(altitude moyenne : 200- 300 m et 400 - 600 m)

* Ensemble inférieur de surfaces d'érosion

Collines, plateaux de pierres et crevasses, formes planes parfois arrondies, cirques profonds, moutonnements à perte de vue tel les dunes du désert, falaises abruptes taillées à la hache, végétation tenace où s'enracine le majestueux chêne vert, tel est le spectacle offert par ce qu'il est courant d'appeler la garrigue.Comprendre ce paysage c'est se marier avec ce qui constitue son âme : la roche et tout ce qui court dans ses veines, tissus de grottes et d'avens : l'eau rare et précieuse. Cette eau qui ne se voit pratiquement jamais à la surface du sol, bien présente partout cependant dans les profondeurs du karst, et aux griffons des belles sources dont ce domaine est si riche.

Les garrigues Montpelliéraines s'étendent vers la plaine littorale selon une disposition très typique nettement influencée par la tectonique.

Ainsi, du nord au sud, sont agencés un ensemble de plateaux et colline découpés en lanières nord-nord-est - sud-sud - ouest s'évasant parfois largement pour livrer de véritables étendues planes localement appelés "Causses". Sans monotonie alternent plusieurs unités, sortes de bourrelets marqués de proéminences parfois hardies rappelant la classique chaîne de montagne, et dalles calcaires horizontales ou subhorizontales s'étendant à perte de vue. Contraste étonnant cependant mais typique, sillons et bassins, souvent verdoyants, vivants aux rythme des rivières, qui parfois y naissent, apportent l'oasis de verdure et de fraîcheur inattendu.

Autre contrastes de par leur disposition dissymétriques par rapport à l'ensemble, les bois de mont Bourras, Valéne, de l'Hortus et le plus caractéristique le pic Saint-Loup, s'opposent avec force d'est en ouest créant au sein du paysage une "intrusion" morphologique remarquable. Le pic Saint-Loup, dont la belle face nord s'élève au-dessus du bassin de Saint-Martin de Londres constitue le belvédère le plus élevé des garrigues et l'évocation la plus courante de cette région aux contrastes étonnants. Sa lourde mais esthétique échine anticlinale de ce massif qui domine au sud la dépression de Mortiés donne naissance à une très belle crête longiligne dont le prolongement le plus important, vers l'ouest, engendre au niveau du bois de Bouis (Saint-Martin de Londres) le beau chaînon de la Selette.

Cette continuité anticlinale bien redressée à la verticale prés de Viols-le-Fort à tendance à s'adoucir plus au sud en direction du causse de Puéchabon-Argelliers.

La montagne de l'Hortus, qui lui fait face au pic Saint-Loup, mise en valeur quant à elle par son élégante falaise marque quant à elle le point culminant d'une lourde table calcaire inclinée selon l'axe d'une gouttière NNE-SSE plongeant en direction du bassin de Saint-Martin de Londres.

Au-delà, et plus au nord de cet îlot de calcaires éocènes , entre les bois de Monnier et le massif du Coutach, massifs d'orientation et de disposition typiquement cévenole, s'étend la plaine de pompignan.

Surface régulière de petit causse asséché par le lit tortueux du Rieumassel cette région adopte le profil du Vidourle, fleuve capricieux auquel elle cède son horizon.

2) LE DOMAINE DES HAUTS-PLATEAUX (CAUSSES) : (au-delà du massif de la Séranne)

(altitude moyenne 600 - 900 m)

* Ensemble supérieur de surfaces d'érosion

Appuyé contre la masse vigoureuse de la Séranne entre la plaine du Lodévois et la vallée de la Vis, le Larzac méridional tout comme son prolongement morphologique représenté par le causse de Blandas-Montdardier fait partie du domaine tabulaire attribué à la région des Grands-Causses. Le rattachement spéléologique de ces causses à la région Montpelliéraine est lié surtout à leur dépendance sur le plan karstique au système de drainage intéressant le versant méditerranéen, en l'occurrence ici, l'Arre et la Vis,  affluents majeurs de l'Hérault.

Marche supérieure de l'ensemble en gradins du Bas-Languedoc ils correspondent à une surface générale d'érosion karstique nettement surélevée par rapports aux surfaces aplanies éparses des garrigues.

Ce n'est qu'après franchissement du col du Vent (au-dessus de Gignac) ou du pas de l'Escalette (au-dessus de Lodève) que l'on prend réellement contact avec ce domaine dont la superficie couvre plus de 1500 Km2.

Ses limites naturelles :

- au nord : la vallée de l'Arre, au sud ouest, la plaine du Lodévois.

- au nord-nord ouest : celles administratives qui limitent les départements de l'Hérault et de l'Aveyron ( axe La Pezade-St Félix de l'Héras ), celles géologiques déterminées par la faille de Saint-Michel.

- au sud : celles imposées par le massif barrière de la Séranne au niveau du pic Saint-Baudille.

 

2 - LES GRANDES UNITÉS KARSTIQUES :

 

On en distingue deux :

1- du nord au sud, la zone des hauts-plateaux constitués par le Larzac méridional et les causses de Blandas-Montdardier, ensemble tabulaire incisé sur 350 m par les profondes gorges de la Vis. Aucun cours d'eau de surface mais des formes aplanies, vestiges des divagations anciennes de grands fleuves Mio-Pliocénes, caractérisent cette région dont l'apparente monotomie est interrompue par les proéminences remarquables du Serre Goutéze au nord de Blandas et du Puech-Agut au sud, prés de La Vacquerie. La Séranne, chaîne de montagnes qui s'étire du nord-nord-est au sud-sud-ouest en constitue la limite morphologique méridionale.

Les réseaux souterrains sont axés sur trois cours d'eau situés à leur base soit : l'Arre, la Vis et l'Hérault.

2- au sud et à l'est, la zone des garrigues, constituée par des petits chaînons de calcaires jurassiques et crétacés, de 300 à 400 m d'altitude moyenne, à structure géologiques complexes (plis dissymétriques, chevauchements, nombreuses failles) tronquées par des surfaces d'érosion très aplaties, donnant une morphologie de plateaux découpés par de petits cours d'eau. On peut y distinguer un paysage de chaos jurassiques à grands lapiazs et de garrigues plus marneuses à relief adouci.

Les écoulements sont essentiellement de type phréatique, émergeant par de belles fontaines vauclusiennes (source du Lez). Les réseaux spéléologiques sont particulièrement nombreux. 

En bordure de mer, se développent des karsts littoraux à émergence sous-marine (L'Abysse, Roubine de Vic)

Unités karstiques concernées du nord au sud :

HAUTES GARRIGUES :

- bois de Monié (rive droite du Lamalou)

- massif du Coutach et Plaine de Pompignan

- massif du Thaurac - Ranc de Banes

- mont Méjean

axe anticlinorium de la Buèges : 

- massif de la Séranne

- monts de Saint-Guilhem

- causse de la Selle

a) Principales cavités en dénivellation de ce contexte :

aven de la Capitelle (commune de Saint-Guilhem le Désert), (-407 m), aven de la Leicasse (- 360 m), avens du pic Baudille-Licorne (-280 ), aven du Fariol (-320) aven du Grelot (-139 m) etc...

b) Principales cavités en Développement :

aven de la Leicasse (13700 m), grotte-Exsurgence du Garrel (9000 m), grotte de la Clamouse (3140 m), grotte du Sergent (3350 m), grotte de Grenouillet (2500 m), boulidou de Cazilhac (2500 m), trou-Fumant de l'olivier (2310m)  etc...

anticlinal du pic Saint-Loup et synclinal de L'Hortus

- causse Viols-le-Fort - Cazevieille

- montagne de la Selette - causse de Puéchabon

- bois de Paris - Benovie

- causse de l'Hortus

a) Principales cavités en Profondeur :

aven de la Potence (-178), aven n°1 du signal de Puéchabon (-124), aven du puech de la Galine (-121), aven n°1 de la Boissiére (-117), aven Claude (-117), aven de la Médaille (-120) etc...

b) Principales cavités en développement :

Foux de Lauret (8000 m), système Lirou-Grand Boulidou-Caucolieres (4000 +), grotte Véronique (4300 m), grotte des Lauzières (4700), grotte de Beaugrand (2300 m), grotte-Exsurgence de Veyriére (3100 m), grotte-résurgence des Fontanilles, (1285m), Calaven de la Séoubio (2700m). 

BASSES GARRIGUES :

(Pli de Montpellier et massifs littoraux)

- massif de la Gardiole - mont Saint-Clair

- causse d'Aumelas - montagne de la Mourre

a) Principales cavités en Profondeur

aven Didier (-170), aven du mas d'Artamon (-165), aven Salvat (-118), aven Guillaume (-116) etc...

b) Principales cavités en développement :

puits de l'aven (2300 m).

LES CAUSSES

- au nord, le haut plateau calcaire jurassique du Larzac, frange méridionale des Grands-Causses culminant à la Séranne à 945 m d'altitude. Il est entaillé par de profondes gorges (Vis, Buèges, Hérault) et présente la structuration horizontale simple typique des Grands Causses.

C'est là que se situent les réseaux spéléologiques les plus profonds (Capitelle, Leicasse, Garrel, Licorne, Huttes, saut du Lièvre) liés à des creusements de type écoulement libre devenant phréatiques aux émergences.

unités karstiques concernés :

- Larzac oriental :

- Guilhaumard-Escandorgues

- Larzac Méridional

a) Principales cavités en dénivellations de ce contexte :

aven n°1 du saut du Lièvre (-262), aven des Huttes (-275), aven du Cochon (-249), cave de Vitalis (-191), aven Barnabé (-320), aven Clara (-270).

b) principales cavités en développement :

grotte du Banquier (5300 m), aven du Cochon (4350 m), aven des Plans (2600 m), cave de Vitalis (2128 m), rivière souterraine des Gardies (2000 m), grotte-Event de Soubès (1700m), grotte de Labeil (1885 m) etc...

axe gorges de la Vis, vallée de l'Arre :

- causse de Campestre-Luc

- causse de Blandas-Montdardier

- montagne d'Anjeau et de la Tude.

a) principales cavités en dénivellations :

aven de Rogues (-220), aven des Albarons (-172), aven du camping de Montdardier (-126), Aven de la Rabassière (-110).

b) principales cavités en développement :

- aven de Rogues (7000 m), exsurgence de la Tuilède (2500 m), évent de Rognès (3500 m), évent de la Follatière (750 m), évent de Rocalte (1500 m), évent de Plantayrels (1200 m), rivière souterraine du Bousquet-event de Carteyrals (1600 m), système grotte des Calles-évent de Brun (2500 m).

La plus importante percée hydrologique est celle de l'aven de Rogues, partie pénétrable du réseau de la trilogie des exsurgences, de la Tuilède, Magnanerie, Follatière. Ce système possède deux entrées.

 

3 - LES KARSTIFICATIONS

 

Le karst est dans son ensemble représentatif d'une histoire scandée par de nombreux événements dont E. COULET, G. FABRE et tout récemment J.-F. BRUN (1989), H. CAMUS et L. BRUXELLES ont proposé une chronologie. Celle-ci, bien que complexe donne une bonne idée des paramètres auxquels sont confrontés les spéléologues lors de leurs explorations.

Il est admis que les karstifications les plus anciennes, la plupart minéralisés sont antérieures au Néogène. On en connaît quelques unes notamment sous le pic d'Anjeau dans les mines des Malines ainsi qu'au sommet du roc Blanc (945m). Elles ne sont que partiellement explorables.

Les vestiges les plus spectaculaires sont ceux de la fin du Miocène, c'est à dire postérieurs à la mise en place de ce qu'il est courant d'appeler "la haute surface fondamentale", grand niveau d'érosion caussenard. Sous cette surface, se développent de superbes conduits (Leicasse, caverne du Maure, grotte d' Anjeau, cave de Vitalis) cavités de grande dimension, souvent orientés nord-nord-est- sud-sud-ouest, en parfaite similitude avec les grands faisceaux tectoniques alpins qui hachurent l'ensemble de la région. Ces cavités inaugurent à leur échelle (et en leur temps) le début d'un long processus de capture des eaux souterraines au profit d'un fleuve drainant principal : l'hérault, dont on retrouve les divagations anciennes parfois à large rayon de courbure un peu partout sur la surface des garrigues (à Valboissiére prés de Brissac, sur la plaine du Frouzet, sur les causses de la Selle et de Puéchabon). Cette capture souterraine se poursuit encore de nos jours.

Au Villafranchien, la surrection de plusieurs centaines de mètres de la masse caussenarde, et notamment celle du massif de la Séranne et du causse du Larzac, entraîne une désorganisation, voire un  ajustement de ces réseaux dont certains se retrouvent suspendus au-dessus des garrigues. Ce soulèvement  entraîne la mise en place d'un nouveau niveau de drainage, auxquels les réseaux doivent s'adapter. Certains y parviennent, d'autres se fossilisent et se colmatent.

On ne va pas en rester là, car les épisodes qui vont suivre, inaugurés au Quaternaire ancien vont parachever l'enfouissement de ces réseaux et surtout inaugurer une nouvelle génération de cavités. Étroites par définition, ces cavités creusées à a partir de fracturations (détente des massifs), s'organisent selon la structure tectonique qui influence fortement leur morphologie. Succession de puits et de méandres, telles en sont les formes caractéristiques. Cette configuration "étriqué", relative à la jeunesse du phénomène et à la rapidité de leur genèse complique les explorations et contraignent les spéléos à travailler dans la plupart de ces cavités en utilisant l'explosif pour progresser de méandre en méandre (avens du Couchant, Barnabé, Peyre-Aoube, Albarons, Huttes, Saut du Lièvre, Braconnier, Capitelle, Puech-Haou, Rouvière, Vacquerie, Clara etc...).

Ces cavités revêtent cependant un intérêt capital. Elles recoupent (ou peuvent recouper) des karstifications antérieures, qu'elles contribuent à décolmater et à utiliser en tout ou partie, pour rejoindre le karst profond.

Les étapes plus récentes du quaternaire (Riss, Wurm) qui contribuent à l'approfondissement des vallées et tranchent les versants des massifs, désorganisent parfois localement cette adaptation. Certaines cavités tronçonnées à la base des vallées donnent naissent à de multiples exutoires qui se comblent d'éboulis et de gélifract (Coudouillère, boulidou du Sergent, etc...).

 

4 - LA RÉPARTITION HYDROGEOLOGIQUE

 

La répartition hydrogéologique des terrains calcaires quelle soit superficielle ou souterraine s'effectue par l'intermédiaire de ses trois fleuves côtiers : L'Hérault, Le Vidourle, le Lez.

L'organisation souterraine d'ensemble est à présent relativement bien connue grâce aux nombreuses expériences de traçage effectuées à partir des pertes de surface ou de ruisseaux souterrains.

On doit une grande partie de ce travail important aux clubs spéléologiques locaux dont la contribution a permis l'établissement de cartes hydrogéologiques utilisées à des fins d'utilité publique (captages, barrages écréteurs etc..) ainsi que la réalisation de nombreux ouvrages de synthèse, monographies et inventaires..

L'organisation hydrogéologique du domaine des garrigues et des causses correspond à des critères géologiques bien précis notamment dans le cas d'un aquifère généralisé établi dans les fissures et cavités des calcaires du jurassique. En profondeur la base de ce dernier est représenté par les niveaux imperméables du Jurassique moyen - Lias.

L'aquifère profond de la région nord-Montpellièraine s'étend sur une surface de plus de 1000km2. Les accidents tectoniques (failles et contacts) qui en apparence compartiments et isolent morphologiquement certaines unités ne constituent pas toujours un obstacle aux eaux souterraines qui, dans bien des cas, franchissent en hautes-eaux certains d'entre-eux  (faille de la Séranne, faille du Lodèvois, faille de Vissec, faille de Corconne, etc..).

 

L'ORGANISATION : Des critères bien précis

Les circulations souterraines bien définies par P. DUBOIS (1985) s'organisent selon la localisation des niveaux marneux imperméables qui peuvent se trouver positionnés selon deux critères :

a - au dessous du niveau des vallées.

b - au-dessus du niveau des vallées.

De leur positionnement dépend le fonctionnement des réseaux souterrains et de leurs exutoires ainsi que ceux des cours d'eaux superficiels.

a) au dessus du niveau des vallées

La partie sud-ouest du Larzac et du causse de l'Hortus (unité spécifique des garrigues) présentent une structure géologique qui situe les marnes du Toarcien (ou du trias) pour l'une et les calcaires marneux du valanginien pour l'autre "suspendues" au-dessus des vallées environnantes. Dans ces deux cas d'aquifères perchées les eaux d'infiltration transitent directement aux emergences par l'intermédiaire de petites nappes locales alimentées en permanences par un important réseau de fractures. De petites failles décalant le Trias suffisent pour compartimenter sur un même massif plusieurs de ces réseaux. Ceci explique la proximité de bon nombre d'entre eux et leur similitude de fonctionnement. (Sorgues, cirque de Labeil, cirque de Saint-Privat, cirque de Gourgas).

Dans le cas du Larzac on retiendra le rôle important de la dolomie en tant que roche magasin régulatrice du débit des exsurgences. La fracturation, particulièrement importante qui affecte certains secteurs, assure la distribution des eaux souterraines par l'intermédiaire d'un maillage de petits conduits, dirigés vers un drain principal localisé prés de la bordure du causse. Ces derniers, horizontaux et d'assez grande dimension, sont entrecoupés de nombreuses voûtes mouillantes.

(La Cabane, Mas Raynal, Labeil, Pégairolles, Les Gardies, Sourlan, Banquier, Soubès etc..). Certains de ces réseaux sont pénétrables au-delà des 1000 m ce qui est relativement important compte tenu des superficies drainées, souvent modestes.

b - au dessous du niveau des vallées :

Dans le cas ou les marnes du Toarcien, ce qui dans l'ensemble de la région est assez fréquent, se positionnent au-dessous des niveaux des vallées (Vis, Hérault) le processus du réseau souterrain est différent. Les cavités se développent au "toit de la nappe", c'est à dire dans la zone de battement de cette dernière. A ce niveau, ils peuvent et à chaque interstade développer des systèmes horizontaux de grande importance, lesquels atteignent souvent plusieurs kilomètres de développement. Ces différents niveaux correspondent à l'enfouissement progressif de la nappe dans le massif. Ils sont coiffés par des systèmes de puits remontant (cheminées d'équilibre) permettant de tamponner les crues les plus importantes, et d'accéder quelquefois aux niveaux supérieurs relatif à des karstifications plus anciennes.

Ces réseaux sont souvent difficilement pénétrable par leur exutoire actif souvent fermés par un siphon. Le rôle des plongeurs devient nécessaire et l'accès par désobstruction ou recoupement un recours nécessaire pour l'explorateur (cas du Garrel à Saint-Jean de Buèges).

Leur pénétration peut aussi être effectuée par leur trop plein, c'est à dire par un orifice temporairement fonctionnel situé à proximité mais quelquefois relativement éloigné et sans rapport apparent (Avèze-Rodel).

Certains de ces réseaux trouvent leur débouché par de belles exsurgences de type vauclusien au débit parfois important (Foux de la Vis, exsurgence de Gourneyras, source de la Buèges , exsurgence des Cents-Fonts, Foux du mas de Banal). Leur conduit d'exhaure peut atteindre les 100 m de profondeurs et bien au-delà encore c'est à dire se prolonger au-dessous du niveau du base de la rivière pérenne sur laquelle ils viennent se greffer.

Leur orifice est cependant et dans la plupart des cas plutôt dû à l'arasement du toit de la nappe qu'à un raccordement au cours d'eau local.

Ils sont dans l'ensemble relativement comparables c'est à dire crantés en profondeur par de beaux conduits verticaux ou subverticaux. Leur appartenance aux drainages profonds d'extension non limité au contexte local reste une hypothèse non encore établie. L'exemple de la résurgence des Cents-Fonts nous parait être à retenir.

LES RÉGIMES :

En hautes-eaux, selon l'intensité et la durée des précipitations le fonctionnement des exutoires est matérialisé par 3 stades classiques définis ainsi :

-1- mise en charge du niveau de l'aquifère qui ennoie toutes les fissures et gonfle rapidement le débit des résurgences. (12 h pour la résurgence de la Clamouse, 24 h pour le Lez).

-2- mise en charge des exutoires temporaires de trop plein (boulidous, évents, cavités etc) échelonnés sur le parcourt du réseau souterrain.

Parmi les hauteurs de mise en charge connues importantes citons celles de la grotte du  Sergent (plus de 120 m), de l'exsurgence du Drac dans les monts de Saint-Guilhem, du Trou-Fumant de l'Olivier (de 50 à 65 m) au Ranc de Banes, à l'aven de la Baraque au sud du causse Viols-Le-Fort - Cazevieille (de 30 à 35 m),

-3- mise en charge les cours d'eau superficiels par affleurement de la nappe karstique (Vidourle, Déridiére, Coulazou, Virenque et Vis Supérieure, Buèges, Coulazou). L'ennoiement du karst étant alors généralisé.

En moyennes-eaux : les réseaux souterrains "tamponnent" les apports. Les débits gonflent aux résurgences et ennoient une partie des conduits de trop pleins. (Sergent, Lirou)

A l'étiage : Les débits sont souvent faibles voires insignifiants. De nombreuses résurgences et leur (s) trop plein (s) deviennent spéléologiquement pénétrables sur plusieurs centaines de mètres.

5 - LES DRAINAGES 

L'ensemble de la région est drainé par un réseau de fleuves et rivières dont le Vidourle et l'Hérault en sont les éléments principaux.

a) Le Vidourle

Le Vidourle situé au nord de la plaine de Pompignan draine une grande partie du massif de la Fages et quelques affluents de sa rive droite issu des massifs calcaires de Monié, Pompignan et Coutach. Son activité d'étiage est essentiellement souterraine, c'est à dire réduite à une nappe en réseau qui concours à l'alimentation d'une belle émergence (fontaine de Sauve) qui naît au sein même du village de Sauve. Le long de son parcours, un ensemble de regards (pertes et avens), dont les avens du Frère et de la Soeur en sont les plus importants, permettent d'observer le niveau de la nappe, qui s'étend sur plusieurs kilomètres carrés entre les villages de Pompignan, Sauve et Saint-Hypolitte du Fort, à moins de 40 mètres de profondeur.

En période de fortes précipitations du Vidourle est particulièrement important. La mise en charge de sa nappe souterraine et les apports conjoints torrentiels issus des versants abrupts des massifs cévenols engendrent de spectaculaires crues, bien connues sous le nom de Vidourlades.

Ces crues spectaculaires peuvent véhiculer plus de 20 m3/s et engendrer de sérieuses inondations. Ces phénomènes de débordements, à l'époque catastrophiques et mémorables, sont aujourd'hui en partie écrétés par une infrastructure de barrages, entre autres sur le Rieumassel, qui tamponnent et limitent de façon efficace les apports subit et violents de ce fleuve (barrage de Ceyrac).

b: L'Hérault

L'Hérault, qui prend naissance dans le massif de l'Aigoual, dévale les pentes de ce massif et pénètre dans les calcaires à St Julien de la Nef quelques kilomètres avant Ganges où il reçoit la Vis. A la sortie de cette agglomération il entaille en un vaste méandre les massifs d'Agonés et du Thaurac puis s'engage dans un long défilé de gorges sauvages entre le causse de la Selle, la montagne de la Celette, les monts de Saint-Guilhem le causse de Puéchabon. Au pont du Diable, prés de Saint-Guilhem le Désert il débouche dans la plaine de Gignac après un parcours pittoresque de plus de 25 km.

Le long de ce trajet il reçoit les apports de l'Avéze (rivière de Brissac), du Lamalou, de la Buèges et de belles résurgences dont les Cent-Fonts, Les Fontanilles, Le Cabrier et la Clamouse sont les principales.

c: La Vis

Cette rivière fraîche et limpide qui naît à la Foux de la vis prés de Vissec tranche en de nombreux et sinueux méandres les massifs calcaires du sud Larzac, de Blandas-Montdardier et de la Séranne après un long trajet souterrain au sein de ces mêmes unités karstique.

A partir de cette belle résurgence et sur plus de 20 km jusqu'à Ganges la Vis se faufile au fond de larges et profondes gorges dont la base est découpée par un cortège de méandres dont le plus élégant, le célébre cirque de Navacelles , est un véritable joyau dont l'esthétique est unique au monde.

De belles émergences (Foux de la Vis, évent de Rocalte, évent de Bergounioux, exsurgence de Gourneyras, exsurgence de Gourneyrou, exsurgence de la Follatière, exsurgence de la Tuilède, exsurgence de la Magnanerie, évent de Rodel, évent de Plantayrel, évent de Longue Battue... ) côtoient ses berges et lui apportent en hautes-eaux l'impluvium collecté par d'importants systèmes souterrains.

d: le Lamalou

Le Lamalou est une petite rivière qui naît à la base sud-ouest du massif de l'Hortus, à partir d'une exsurgence qui donne un peu de vie aux calcaires lacustres de la cuvette de Saint-Martin de Londres. Son cours sinueux rencontre les calcaires du Jurassique supérieur au niveau du pont de Mascla prés de Saint-Martin de Londres, dans le secteur duquel il est une grande partie de l'année asséché par une série de pertes. Lorsque son débit est suffisant, il atteint le défilé pittoresque du ravin des Arcs, gorge encaissée et étroite taillée à même les massifs de la Celette et du bois de Monié.

Après ce trajet, le long duquel se côtoient marmites et arches naturels, il se joint à l'Hérault après un parcours de 15 km environ depuis sa source.

 

ORIENTATION BIBLIOGRAPHIQUE

TEXTES GENERAUX : Des Références

DUBOIS (P.) Notes karstologiques sur les Grands-Causses. Bulletin de la société languedocienne de géographie. n° 3-4, juillet-décembre 1985. p.197-226.

BRUN (J.-F.), PALOC (J.-P.), MICHAVILA (J.-C.) Les massifs karstiques de la région de Montpellier. Spelunca n° 22. avril-juin 1986. p. 29-33

CAUMONT (D.) Introduction à la karstologie de la région montpellièraine. in "spéléo sportive dans les garrigues nord-montpellièraines" (F. Vasseur). Edisud. 1992. p. 11-24.

INVENTAIRES : Les Incontournables

PALOC (H.) Carte hydrogéologique de la France. région karstique nord-montpelliéraine. inventaire des cavités naturelles et notice explicative. Mémoires du B.R.G.M. n° 50. 1967.

GALERA (J.-L) Inventaire spéléologique du département de l'Hérault : grottes et avens de la montagne de la Sellette (34). Explokarst n°1. CLPA. 1983.

DUREPAIRE (P.) Inventaire et étude géologique, hydrogéologique et géomorphologique détaillés des cavités naturelles du bassin d'alimentation de la source du Lez (Hérault). mémoires du CERGA. USTL. Montpellier. Tome X, fascicules 4 et 5 (texte et atlas). 1985. 

HOULEZ (J.-P.) Grottes et avens des monts de Saint-Guilhem. 1998 et Inventaire du Causse Viols-le-Fort - Cazevieille (chez l'auteur).

ELGUERO (E.) Les grandes cavités héraultaises. CLPA. 2004.

CLPA. (Section Spéléo du) Cavités classiques du département de  l'Hérault.  Série des Bulletins N°1 à 5. (CLPA) 9, rue de la poésie - Montpellier. Cliquez-ici.

CAUMONT (D.) Monts et grottes de Saint-Guilhem. (Approche, Découverte, Exploration). Editions Gap. 1993. Editions Nature. Cliquez ici.

D. Caumont (2009)

 

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